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mardi 22 septembre 2020

IL ETAIE UNE FOI, UN GRAND COMEDIEN...

 


Michael est né à Paris, en 1931, d’un père anglais, d’Edward Lonsdale-Crouch et d’une mère française, Simone Béraud.  Il passe une partie de son enfance à Londres avant que sa famille ne s’installe au Maroc en 1939. Son père y est négociant en engrais ; l’anglais, en gros, file pour l’engrais anglophile. C’est dans ce beau pays du Maghreb que futur acteur anime, dès 1943, des émissions enfantines sur Radio-Maroc dont la plus connue « la case à Blanca » rabat les suffrages. Son tout premier rôle, radiophonique, est Atchoum, un des sept nains ; un avant-goût de sa recherche mystique : éther, nuées…

En 1947, après la guerre, il vit en France et rencontre Roger Blin, acteur mais aussi grand metteur en scène des pièces de Beckett. Roger lui fait découvrir le théâtre et les planches ne tarderont pas à vibrer sous la voix chaude et voluptueuse de ce néophyte qui picore ça et là des pousses d’alexandrins et becquette.

On le voit dans, en 1955,  dans « Pour le meilleur et pour le pire » mis en scène par Raymond Roulleau, bien loin d’y être au bout tant il est passionné. L’année suivante, Michel démarre sa carrière au cinéma dans « C’est arrivé à Aden (1956) de Michel Boisrond, un meneur d’homme assez carré.

L’acteur s’illustre rapidement devant la caméra de cinéastes prometteurs comme Gérard Oury (La Main chaude 1960, Le crime ne paie pas 1962 – un film à sketches     ) ou Michel Deville (Adorable Menteuse - 1961). Mais c’est avec Jean-Pierre Mocky que la relation semble la plus forte. Sous la direction de JPM, il jouera 8 films dont « Snobs » 1962, « la grande lessive » 1968, avec Bourvil. C’est un film mené tambour battant dans lequel son prénom rétrécit au lavage du générique : il y figure en tant que Michel !

Le petit écran ne l’oublie pas, qui lui fait tourner dans des courts métrages comme « Escale Obligatoire » de Jean Prat, en 1962. De théâtres en écrans il multiplie les projets et impose son aura charismatique dans des films d’auteurs comme « La mariée était en noir (1967) et Baisers volés (1968) de François Truffaut ou encore British Sounds (1969) de Jean-Luc Godard montrant ainsi son intérêt pour la nouvelle vague où l’onde hale le navire de la modernité.

Mais, pour montrer son éclectisme, le comédien s’investit avec le même bonheur dans des œuvres populaires : « Hibernatus » (1969) de Molinaro où il donne la réplique à De Funès, ou encore « Le bon roi Dagobert « (1984) de Dino Risi où, en tant que St Eloi, il croise Coluche (le roi fainéant).

Il crée même la surprise en jouant un rôle de méchant dans un James Bond de 1979 « Moonraker ». Il incarne Sir Hugo Drax qui, sur fond de navette spatiale, donne du fil à retordre à l’agent de sa gracieuse majesté (Roger Moore). Mais 007, une fois encore, gagnera et fera mieux que Drax taire (si vous motorisez ce calembour) : il l’enverra dans l’espace.

Le jeu de l’acteur se caractérise, à chaque fois, par une distanciation (bien avant la Covid) avec le personnage qu’il incarne. On y trouve toute une palette de couleurs : ironie, tendresse, réflexion, introspection… Selon ses humeurs ou les volontés du metteur en scène, l’homme est capable de passer d’une voix suave, voire sirupeuse à l’explosion volcanique mais jamais létale car jamais lave-haine tuera (oui, bon, si on ne peut plus placer un tube de Stone et Charden !)

Il passe allégrement de l’ange au diable et cette dimension manichéenne touche au mystique. L’acteur se sent de plus en plus à l’aise dans les rôles ecclésiastiques, tout imprégné qu’il est d’une foi chrétienne. On le voit jouer un abbé bibliophile dans « le nom de la rose », 1986, de Jean-Jacques Annaud (d’après l’œuvre de Umberto Eco) et surtout il est consacré pour l’interprétation du frère Luc Dochier dans « des hommes et des dieux » , 2010, de Xavier Beauvois. Un film qui évoque l’assassinat des moines de Tibéhirine et qui lui vaudra, enfin, un César, celui du meilleur acteur de second rôle.

Michael, vivra de sa foi jusqu’à son dernier souffle. Il deviendra, ainsi, un acteur à part dans le 7ème art. Jamais totalement avalé par le showbizz, il demeurera une sorte de moine comédien, célibataire car la seule femme de sa vie, une certaine Delphine Seyrig, avec qui il joua souvent (« Baisers volés » -Truffaut, « Chacal » - Zimmerman, « son nom de Venise dans Calculta Desert » – Marguerite Duras…) aura brisé son cœur !

Il dira d’ailleurs :

 "J'ai vécu un grand chagrin d'amour et ma vie s'en est trouvée très affectée. La personne que j'ai aimée n'était pas libre... Je n'ai jamais pu aimer quelqu'un d'autre. C'était elle ou rien et voilà pourquoi, à 85 ans, je suis toujours célibataire ! Elle s'appelait Delphine Seyrig.

L’amour conjugal impossible mais amour de toute une vie pour l’humanité, derrière le visage d’un Christ ressuscité, qui, jusqu’à son dernier souffle aura habité l’âme de ce merveilleux comédien.

Il nous quitte, en ce 21 septembre 2020, dans son sommeil, en paix, dans la sérénité et le regard de Dieu en nous laissant le souvenir de sa voix mélodieuse et son regard interrogatif qu’il posait sur les êtres…