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mercredi 17 juin 2009

FATIMA


Fatima sous ta burqa bleue
Un cœur bat fort mais silencieux
Dans le secret de sa douleur
Dans l’infinie de sa douceur.

Depuis que tes yeux ont croisé
La silhouette déhanchée
De ce jeune homme séduisant
Aux cheveux blonds et ondulants.

Il est nouveau dans ce quartier
Et ton cœur s’est bien enflammé
Depuis tes nuits sont des soupirs
De longs sanglots nommés désirs.

Ton âme brûle, incandescente
Dans tes émotions indécentes
Au yeux du père s’il décelait
La passion qui va te ronger.

Dans ton beau corps de musulmane
Bat ce trésor que nul ne damne
Ni le Coran qu’on travestit
Ni les traditions qu’on nourrit.

C’est ton secret, c’est ta faiblesse
La vérité de ta jeunesse
Sous ta burqa tes yeux dévorent
Les jolis traits de l’ange d’or.

Et tu nourris ce fol espoir
Qu’il puisse un jour apercevoir
Sous les tissus graves et si lourds
Ton cœur qui bat comme un tambour…

Il a ton âge, il a tes rêves
Il est un arbre plein de sève
Dont tu pourrais cueillir les fruits
Si Dieu ne créait pas l’ennui !

On est bien loin des Talibans
Mais dans ce joli pays franc
Des traditions ont la vie dure
Pour ton malheur et ses blessures..

Dans le respect de tes parents
Pour toutes les larmes du Coran
Tu te refrènes cet envie
De donner au visage vie.

Et dans tes songes, musulmane
Tu rêves à des baisers profanes
Qui t’emporteraient vers le Ciel
Peuplé d’autres anges éternels.

Et dans tes songes, musulmane
Loin de ces prisons qui condamnent
L’amour a gravé pour longtemps
L’envie d’étreindre tes vingt ans.

DES NIDS DOUILLETS AU MONDE DU DEHORS

Cela fait 9 mois que la petite Sonia a pris du poids au plein cœur d’une poche aqueuse qu’elle apprécie davantage chaque jour. Au dehors des bruits diffus frappent jusqu’à ses tympans tout juste fabriqués. Elle reconnaît des voix familières, certes feutrées, mais terriblement agressives. Des intonations martiales qui ne prédisposent pas à la quiétude. C’est étrange, on dirait qu’au dehors de son aquarium douillet se trament des univers inquiétants.

Un joli goût vient éveiller ses papilles précocement affûtées. Elle ignore l’origine et ne mesure pas la quantité de fraises qu’au dehors sa génitrice a avalée sans coup férir.

Un bruit sourd secoue son habitacle ! Puis elle sent une présence qui appuie sur la paroi. C’est souvent que ça arrive ! Ca compresse un peu mais ce n’est pas désagréable ! Elle ressent comme une tendresse qui émane de cette secousse. Elle en remue ses tout petits doigts. Et si, de l’autre côté c’étaient des petits doigts qui compressaient le toit de sa bulle ? Ou des plus gros doigts ? Est-ce possible que cela existe ?

Elle perçoit faiblement une voix. Une voix plus harmonieuse, moins rauque. Une fréquence trop ténue pour pouvoir y discerner clairement une signification. Mais c’est doux à entendre. Pas comme tout à l’heure ! Elle se berce d’illusions sur une possible vie à l’extérieur. Son petit esprit emmagasine des rêves de futurs. Il en place un tas dans les neurones ! Un trop petit tas ! Les rêves s’estompent et le naturel revient ! Sonia demeure sceptique quant à l’existence d’un au-delà !! Et elle ne se considère pas comme fausse sceptique ! Son univers est fini, déterminé. Il n’y a pas d’ailleurs. Cessons l’utopie !

C’est vraiment la nuit à l’intérieur mais Sonia ignore ce qu’est la nuit car elle y vit depuis plusieurs mois. Elle ignore aussi ce que sont les mois. Dans son écrin liquide son petit corps se meut avec délectation, alimenté par un cordon qu’elle distingue très bien déjà.

Soudain un Tsunami la déporte sur la droite, puis sur la gauche. Les eaux mouvementées la poussent vers une sortie qu’elle sent proche. Elle entend des cris de l’autre côté. Puis un effrayant bruit de sirène qui hurle à tue-tête. C’est quoi ce phénomène ?

Elle sent que son univers se vide à petit débit. Elle s’affole. Elle ne veut pas quitter ce paradis confortable bien que nocturne. Elle va s’accrocher pour rester sur place. Elle s’agrippe au cordon pour éviter la déportation vers un monde inquiétant. Il faut ruser, user des accessoires à sa disposition, lutte est ruse !

Le niveau baisse toujours mais elle s’accroche. Dehors un monde s’agite. Elle capte des sons de plus en plus distincts, des résonances suspectes comme accompagnatrices de cette dérive du corps vers une sortie incertaine.

Sa cavité se contracte ! Pas trop longtemps ! De nouveau elle se détend, se dilate ! Ce n’est que le temps d’une poignée de secondes. De nouveau une contraction ! C’est très oppressant ! Sonia voudrait crier ! Elle ne le peut pas ! Elle ne le peut pas encore !!

Elle s’agrippe désespérément à ce cordon ! Elle sent une issue imminente qu’elle effleure du bout de sa conscience naissante ! Elle ne veut pas s’échapper de son royaume aqueux ! Une nouvelle contraction ! Elle résiste ! Toute la force psychique de son esprit embryonnaire se met en branle. Les premiers messages neurologiques l’intentent de demeurer dans le vase, coûte que coûte !

- Il va falloir procéder à une césarienne !! Le bol est couché..heu, le col est bouché !! On dirait que l’enfant refuse de sortir !!

L’ordre est incontournable. Péremptoire mais néanmoins frappé de dyslexie orale (d'où le l'absus contrépétrique !) le gynécologue a balancé l’évidence ! Ce sera une césarienne !!

Sonia perçoit une infime compression d’un objet froid. Puis elle ressent un premier refroidissement. On dirait qu’une brèche se fait au dessus d’elle, sur le toit de son habitacle de plus en plus vidé de son contenu aquatique !

La brèche devient faille, puis énorme fente. Des énormes mains, bien plus grosses que les siennes se saisissent d’elle. Une lumière l’aveugle. L’air vient à lui manquer mais de façon éphémère. A l’intérieur d’elle même des poches se remplissent du gaz de la vie. Ca la brûle un peu et elle ne peut s’empêcher de crier.

Sonia vient de naître !

Elle doit se rendre à l’évidence ! Elle ne pouvait pas éternellement nier ce monde extérieur qui l’attendait !

Son déni de « vie infantile en devenir » n’aura pas tenu longtemps !