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mardi 13 septembre 2022

GODARD, EN SA DERNIERE SALLE OBSCURE.

 


Il n’aura pas eu le temps de filmer les obsèques de Queen Elizabeth ! Il est mort dans la foulée du trépas monarchique.

Oui, Jean-Luc Godard est mort, à bout de souffle, ce 13 septembre.

Né le 3 décembre 1930, à Paris, le petit Jean-Luc va vite se retrouver en Helvétie, à Nyon plus exactement ! Dès lors Nyon lui ouvre les yeux sur la beauté suisse. Il y fait ses études et obtient le diplôme du collège. Puis, ses parents l’envoient à Paris pour décrocher le bac ! Mais ils divorcent, débordés par le mépris ! Il se retrouve abandonné et voit son bac à ras tant les crises talent ses fruits de recherche culturelle.

Il fréquente alors les cinémas. Puis, il va s’intégrer dans l’équipe de la gazette du cinéma et publie, à 19 ans, ses premiers textes critiques qui sont, pour lui, de haut vol !

En parlant de vol, c’est un adepte de la cleptomanie. Il vole à tout va. Ainsi, en 1953, il vole dans la caisse de la télévision suisse et se tape trois nuits en prison, dans le noir du temps (segment de Ten Minutes Olders, film collectif de 2002).

Pour éviter de partir en Indochine, jouer au petit soldat, Jean-Luc opte pour la nationalité suisse, à l’âge de sa majorité.

-         Genevois que cela à faire, lance-t-il !

Il réalise un documentaire sur le chantier du barrage de la Grande-Dixence, en Valais. Un film qui ne fera pas couler beaucoup d’eau.

Il est temps de passer aux choses sérieuses : réaliser des vrais films ! Avec des acteurs ! Il va donc s’y mettre et réaliser « à bout de souffle » (déjà cité en début de ce billet) et mettre en valeur un de ses acteurs préférés : Jean-Paul Belmondo !

Puis il tourne «Le petit soldat », un vrai coup de Massu pour l’armée française qui y voit une tentative de déstabilisation pour les pauvres types envoyés en Algérie. Cette œuvre n’est pas osée vainement !

Dans ce film, brille Anna Karina, une jeune femme talentueuse qu’il aura l’occasion de faire tourner dans moult films : Une femme est une femme (1961), Vivre sa vie (1962) Pierrot le fou (1965) Alphaville (1965) Made in Usa (1966).    

 

Complètement ancré dans la nouvelle vague, avec Truffaut ou encore Chabrol, il va chercher à réinventer la forme narrative du cinéma.

Ainsi, dans « le mépris » (oui, je sais, déjà cité au début de mon récit ! C’est décousu, mais c’est comme du Godard !), le réalisateur va transformer une histoire d’amour, somme toute banale, en transformant la narration classique et hollywoodienne. Il le fera en intellectualisant la rupture amoureuse et en donnant une dimension mythologique à l’homme, et humaine aux dieux, à travers la figure de Fritz Lang, metteur en scène cherchant à adapter Ulysse et l’Odyssée !

Dans ce film, Brigitte Bardot demande à Piccoli : - et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? Phrase culte qui ne devrait pas occulter le reste des séquences de ce grand film, un des plus romanesques de Godard. Je l’ai encore redit à mon petit voisin, Ali, qui y voit un film de cul ! C’est très réducteur ! Il faut bien qu’Ali pige !

Mais brusquement son moi s’accroche à Mao et il tourne « La chinoise et le Week-end » (1967) ! Un film finalement mal perçu par les maoïstes qui se voient représentés comme de jeunes bourgeois qui jouent aux révolutionnaires. Leur colère se livre, rouge !

Cette période maoïste ne dure pas pour éviter qu’en chie noise ! Jean-Luc entame alors une période vidéo, de 1973 à 1979 ! Il fera des films pour la télévision, comme « six fois deux » où il se met en scène en tant qu’interviewer d’un paysan, d’un journaliste, ou encore d’un horloger adepte du super 8, qui lui dit que son métier est passionnant mais que la caméra aussi l’est !

En 1980, il revient à un cinéma plus grand public qui attire des acteurs de renom. Il est sélectionné au Festival de Cannes trois fois pour Sauve qui peut la vie (1980), avec Isabelle Huppert, Passion (1982), avec la même Isabelle, et Détective (1985) avec Johnny Halliday et Nathalie Baye avant qu’ils ne se séparent en 1986 ! Il obtient le Lion d'or au Festival de Venise pour Prénom Carmen (1983) un film qui trompe son monde car la bande musicale ne vient pas de Bizet mais de Beethoven !

Dans les années 90 et 2000, Godard fait un retour à l'expérimentation avec Histoire(s) du cinéma (1998) et Eloge de l'amour (2001). Dans sa perpétuelle volonté de "peindre les choses qui sont derrière les choses", Jean-Luc Godard est un véritable novateur ! Sauf pour le clergé qui y voit un hérétique de première avec la sortie du film « Je vous salue Marie » (1985) ! Il faut dire que le réalisateur a la main lourde en transformant Marie en fiancée d’un chauffeur de taxi qui ignore qu’elle est enceinte. En matière d’apparition ironique le réalisateur ne tourne pas autour du Pau.

 

En 2010, il réalise Film Socialisme, qui suit des voyageurs sur une croisière en Méditerranée. C’est plutôt « la croisière s’amuse », en lieu de consommation ! Un socialisme où le mot rose n’a plus cours.

Le réalisateur s'intéresse ensuite à la 3D ; son film Adieu au langage est auréolé du Prix de Jury au Festival de Cannes en 2014 ! On y retrouve la patte de l’auteur : mouvements de caméra, son mal synchronisé, mise en abime…  C’est l’histoire filmée en 3D d’un chien qui parle à la place de ses maîtres ! On pourrait presque y voir un clin d’œil à Devos : - Mon chien c’est quelqu’un !

Voilà, caché derrière ses lunettes noires, le trublion du 7ème art français s’en est allé, de plein gré, parce qu’épuisé. Ballotant entre le cinéma populaire, voire mineur et la recherche de l’élitisme, naviguant entre dandysme de droite et gauchisme enflammé, le réalisateur en aura désorienté plus d’un !

Il laisse une œuvre polymorphe où se mêlent poésie, absurde, cheminements ésotériques et culture des paradoxes. Ses détracteurs en retirent des positions radicales, ses admirateurs aussi. Une œuvre riche qui parle beaucoup de l’évolution du cinéma et de la force des images, dans ce qu’elles disent et dans ce qu’elles ne disent pas.

Salut l’artiste !


samedi 10 septembre 2022

LA REINE A LACHE LES RENES ! GOD SAVE THE KING ♫

 Après un long silence, actualité oblige, mon blog reprend du service.

L'évènement est de taille : la mort d'Elizabeth II à l'issue de 70 ans de règne !

Son fils, le prince Charles, est désormais le roi : Charles III. L''anciennement dénommé Plum-pudding sait que ce ne sera pas du gâteau que de succéder à sa reine, lui qui va y plonger (dans l'arène). Les antimonarchistes l'attendent de pied ferme (et biologique !).

Voici donc un résumé (aussi résumé que possible, vu la longévité du monarque) de cette grande figure politique !




Le 21 avril 1926, la foule britannique se masse devant le 17 Bruton Street, à Londres pour voir le duc et la duchesse d’York présenter une petite fille aux boucles d’or. Elle se nomme Elizabeth et ne sait pas encore le destin qui lui est réservé.

Elizabeth grandit sous l’œil bienveillant de son grand-père, le vieux roi George V. Le vieil homme joue avec sa petite-fille à cheval sur son dos, en attendant qu’elle puisse, un jour, monter, un plus bel étalon, zain de préférence.

Le 20 janvier 1936, George V s’éteint et lui succède son fils sous le nom d’Edward VIII. Mais hélas, Edward qui parfois fume le cigare (comme le chantera Nino Ferrer) aime aussi une Américaine nommée Wallis Simpson. Une femme doublement divorcée, je vous demande un peu ! O my god ! Une telle femme ne peut être reine qu’on sort ! Edward renonce à la couronne, choisit Wallis et fut tu, na !! Affaire classée ! Au suivant !

Le suivant est le frère cadet ! Le père d’Elizabeth ! Il est bègue et cela n’arrange pas les choses lors des discours et des allocutions familiales. Roi, dès 1936, il voit monter les dangers du nazisme ! La période est trouble ! Le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne hitlérienne.

Elizabeth grandit dans une ambiance de menace constante de l’invasion nazie. Mais elle veut résister à sa façon, et, à 14 ans, au micro de la BBC, elle prononce son premier discours à l’attention des enfants évacués de Londres pour fuir les bombardements !

Cinq ans plus tard, en février 1945, elle s’engage dans l’armée britannique avec l’accord paternel. Elle entre dans l'Auxiliary Territorial Service avec le grade honoraire de sous-lieutenant. Elle quitte le badminton pour un autre volant : celui d’une ambulance militaire. Son engagement d’acier galvanise les troupes plombées par six années de guerre.

Le 8 mai 1945, elle apparaît en uniforme militaire aux côtés de ses parents, de sa sœur et du Premier Ministre Winston Churchill (WC pour les intimes) au balcon de Buckingham pour fêter la fin de la Seconde guerre mondiale devant une foule en liesse, en fait qu’on délivre (en féconder livres, pas encore, car la monnaie anglaise doit se refaire une santé).

En 1939, George VI et sa famille visitent le célèbre collège de la Royal Navy. Elizabeth y rencontre son cousin germain qui ne semblent pas avoir légères manies. Elle en tombe amoureux. Il s’appelle Philip et sera l’homme de sa vie. Ce n’est pas pour lui déplaire qu’une image d’amoureux des chevaux Philip, haut, campe !

Le couple s’unit sous les voutes de l’abbaye de Westminster le 20 novembre 1947. Il met peu de temps pour avoir des enfants. Le 14 novembre 1948, Elizabeth donne naissance au prince Charles. Puis viendront Anne, Andrew et Edward.

En février 1952, le couple part pour une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande avec une escale au Kenya. Alors qu’ils séjournent au beau milieu des éléphants et des rhinocéros myopes, Elizabeth et Philip apprennent la mort de George VI ! Désormais, Elizabeth est reine d’Angleterre ! Trois lions se rapprochent d’elle et la saluent.

Après une année de deuil national, vient l’heure du couronnement. Elizabeth II est sacrée reine du Royaume-Uni le 2 juin 1953. Ce couronnement est une réelle exception dans l’histoire. Et pour cause, il est entièrement retransmis en direct à la télévision dans le monde entier. La mère d’Elizabeth est furieuse de toute cette rente télévisuelle : un côté plus qu’amer a manne !

En 1977, Elizabeth II fête son jubilé d’argent. Ses 25 ans de règne sont l’occasion de festivités grandioses pour une reine qui porte le chapeau rose tandis que la population est obérée (non basque). Deux ans plus tard, Margaret Thatcher est élue au 10 Downing Street. La première femme Premier Ministre de Grande-Bretagne n’a pas un caractère facile. C’est une dame de fer qui va redresser le pays par des saignées, enseignant le néo libéralisme et la fermeture des secteurs non rentables ! La gronde sociale monte face à celle qui soutient la fermeture des mines de charbon.

Entre Elizabeth et Margaret se noue un respect réciproque mais sans plus ! La Reine, qui ne prend jamais position se contentera de dire : - Le trône m’assied et sur d’autres sujets que la dame de fer je m’étale !

Le 29 juillet 1981, le prince Charles épouse Lady Diana Spencer, une jeune aristocrate de 19 ans qui cochait toutes les cases pour devenir une reine-consort. Retransmis en direct à la télévision, il attire des millions de téléspectateurs au point d’être surnommé « le mariage du siècle ».

Charles et Diana offrent à la reine deux héritiers, William et Harry. Hélas, Charles a continué sa relation avec une certaine Camilla Parker Bowles malgré son mariage. En adulte éreintée (en adultérin t’es !) Diana ne supporte pas cette relation. Elle tombe dans une profonde dépression. Elle commence alors à révéler aux médias le naufrage de son couple ! Elizabeth en voit des vertes et des pas mûres ! Passe au rouge ! Ris jaune ! Enfin, un véritable arc-en-ciel, à l’image de ses tenues de sortie.

1992 est l’Annus horribilis. En mars, le prince Andrew divorce de Sarah Ferguson. En avril, la princesse Anne divorce de Mark Philips. Et en décembre, Charles et Diana finissent par se séparer. La reine voit alors en une seule année, le mariage de ses enfants mis à bas.

Pour comble de malheur, la même année, un incendie détruit le château de Windsor. Celui-là même qui l’avait protégée de la barbarie nazie. Le château doit alors subir d’importants travaux et la population monte au créneau pour que la Reine paye elle-même la réfection ! Dès lors, la souveraine se voit assujettie à un impôt sur le revenu ! Une réalité qui était alors un rêve nu ! Une première dans le royaume !

Diana finit par critiquer ouvertement les capacités de Charles à devenir roi. Pour elle, King Charles reste une race de chien ! C’est de trop pour Elizabeth II qui ordonne au couple de divorcer. En 1996, le gouvernement annonce le divorce du couple héritier. Diana accumule, alors, les couvertures des tabloïds, aux bras d’hommes dont elle est l’amante, avec ou sans thé.  En août 1997, en compagnie de Dodi Al Fayed, elle est victime d’un accident de la route sous le pont de l’Alma à Paris suite à une course-poursuite avec les paparazzis. La princesse rend son dernier souffle quelques heures plus tard.

A ce moment-là, la reine est à Balmoral où l’écho s’est implanté (où l’Ecosse est un plan T ?)  entourée de sa famille. Pour protéger William et Harry, elle ordonne de supprimer toutes les télévisions et les radios de la demeure. Seul le palais de Buckingham ne voit pas son drapeau en berne ! Alors s’emballe morale ! Le peuple britannique s’indigne de ne pas voir d’hommages, dommage ! Pour calmer l’ire populaire, Tony Blair, premier ministre, réussit à convaincre la reine de rentrer à Londres. Trois jours plus tard, elle fait son entrée dans la capitale. Un drapeau est alors mis en berne sur Buckingham et la reine vient rencontrer son peuple apeuré devant les grilles. Elizabeth finit de rasséréner tout son monde par un discours où elle exprime son admiration pour Diana ! Il faut sauver les meubles !

En 2002, Elizabeth fête ses 50 ans de règne. Mais sans jubiler ! Car l’âme est ternie par les morts successives de sa sœur Margaret puis de sa mère Elizabeth Bowes-Lyon. Très attristée, elle sauvegarde malgré toutes les festivités qui ont un grand succès.

Pour être proche du peuple, Elizabeth joue la modernité. Elle utilise les outils modernes ! Elle est le premier chef d’Etat à envoyer un mail ! En 2019, elle arrivera sur Instagram alors que pic épique ses collègues rament !

Pour preuve de cette modernisation, Elizabeth II accepte l’union de son petit-fils William avec Kate Middleton, une roturière. Ce qui était rature, hier,  ne l’est plus ! Et puis, elle a tellement l’éclat, Kate ! On danserait presque avec elle ! Le couple se marie le 29 avril 2011 en l’abbaye de Westminster (encore ! Ça devient une manie !!) lors d’une cérémonie somptueuse retransmise en direct à la télévision.

En 2012, Elizabeth II fête ses 60 ans de règne. Le jubilé, cette fois-ci, est de Diamant, lequel est éternel comme le précise son fidèle agent secret, un certain 007, qui ne dit pas que des conneries !   La ferveur populaire est si grande qu’elle montre de nouveau une immense popularité accordée à la souveraine. Concert géant, cérémonie religieuse et parade navale sur la Tamise rythment le cours du jubilé.

Cette année-là, Londres organise les Jeux olympiques (voir mon billet). Pour la cérémonie d’ouverture, la reine a accepté de jouer son propre rôle dans un court-métrage au côté de Daniel Craig qui joue 007 ! Ce film est devenu culte aujourd’hui.

En mai 2018, son petit-fils Harry épouse Meghan Markle, une Afro-américaine divorcée. Ce qui eût été un scandale au paravent, heu auparavant, est accueilli comme le dernier signe de modernité. Mais à la fin de l’année 2019, le couple décide de quitter le noyau de la famille royale pour fuir aux Etats-Unis, se disant incapable de vivre avec les obligations et la couverture médiatique qui sent suie à force de cheminer ! Cette crise au sein des Windsor est vécue comme un ouragan. Les antimonarchistes, eux, ricanent (Hurricane).

En 2020, le monde est frappé par une crise sanitaire inédite. Le coronavirus né en Chine tue des millions d’individus, obligeant le confinement. En Angleterre le virus assombrit les jours et la vie rose biffe !  Avec leur grand âge, Elizabeth II et Philip sont considérés comme des individus à risque. La Reine lance ce discours :

« J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays. »

Ce discours est perçu comme l’un des plus importants de son règne. Jamais un discours de la reine n’avait été aussi repris par les nations européennes. Contrecoup du virus ou pas ? Toujours est-il que le 9 avril 2021, le prince Philip meurt à l'âge de 99 ans. Elizabeth devient veuve ! L’affection de ses chiens corgis et la beauté de ses chevaux sont, alors, de précieux trésors !

Elle a de plus en plus de problèmes de santé. Peut-être la vie devient-elle trop longue ?

Le 30 août 2022, elle apprend la mort d'un autre grand de ce monde : Mickael Gorbatchev, qu'elle avait rencontré jadis ! La roue tourne, le mur de Berlin est tombé, Poutine attaque l'Ukraine ! La roue tourne, inexorablement...

Le jubilé de platine n'aura pas lieu ! Le 8 septembre, la BBC annonce vers 19h40 (heure française) le décès de la reine Elizabeth II, à l'âge de 96 ans. La souveraine a rendu son dernier souffle au château de Balmoral, en Ecosse. Le prince Charles d'Angleterre lui succède sous le nom de Charles III, soit 337 ans après la mort de Charles II.

Ainsi se tourne une page d'histoire du Royaume-Uni, mais aussi de toute la planète. Car, qu'on soit monarchiste ou pas, cet évènement marque la fin d'une époque que je me suis limité à résumer.