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jeudi 4 août 2016

PENSÉES ESTIVALES A L'OMBRE DU DEUIL


Alors que je partais visiter les ruines émouvantes d’un ancien bagne de Corse, celui de la forêt de Chiavari (au sud d’Ajaccio), j’apprenais la terrible nouvelle sur les ondes d’une radio qui trônait à droite du volant de mon véhicule. Oui, une bien terrible nouvelle : un prêtre venait d’être égorgé, en ce mardi 26 juillet, alors qu’il célébrait la messe en sa paisible paroisse de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen (Seine Maritime)

Un scénario horrible, inimaginable, au nom d’un djihadisme aveugle qui, déjà, durant la nuit du 14 juillet, avait frappé de son abjection létale la promenade des Anglais, à Nice, par l’élan  assassin d’un monstre semi-remorque, lancé autant furieusement qu’aveuglément sur la foule et qui avait provoqué 84 morts sur le coup.

Un été meurtrier, pensai-je alors, tout en me ressassant la phrase que l’on prête à André Malraux (à tort semble-t-il) : « le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». L’agnostique Malraux devait songer à une religiosité intériorisée, capable de nous rendre plus humain. Hélas, ce 21ème siècle commence par du sang versé au nom d’une religion nihiliste qui se permet d’endosser les vêtements coraniques pour justifier sa monstruosité !

Daech revendique les actes des loups solitaires qu’il a radicalisés. Les cibles sont des symboles qui fondent notre unité : la fête nationale, le prêtre catholique, le dessinateur de caricatures, la jeunesse aux terrasses, l’amour de la liberté, la communion des sens exaltés par les vibrations intenses de cordes métalliques au cœur du Bataclan.

Daech utilise le Coran pour justifier sa croisade contre les apostats, c’est-à-dire contre ceux qui refusent leur vision du néant, qu’ils soient catholiques, juifs et même musulmans pour peu qu’ils s’intègrent harmonieusement dans un modèle occidentalisé aux couleurs de la démocratie et du respect d’autrui.

Et je repensais à ce prêtre, âgé, Jacques Hamel, 86 ans, mort en martyr.

Et je repensais à ce religieux qui, les jours précédents, avait invité ses fidèles à prier pour les victimes de Nice, quelle que soit leur confession ; car ils étaient tous fils de Dieu.

Et je ressentais comme un vertige, le long de ma promenade embaumée de senteurs d’eucalyptus, comme un sentiment de chaos imminent, une sinistre présence de menace permanente.


Et je prenais conscience, en cette forêt du sud d’Ajaccio, d’un début de XXIème siècle entièrement désemparé par l’effacement du sacré, par l’essor des individualismes nourris d’écrans tactiles et de virtualité, par l’absence de réponses immédiates pour éradiquer le monstre que nous avions sûrement engendré, dans les méandres du passé…


Le père Hamel s’en est allé
Au bout de son chemin de croix
Son sang a sublimé la foi
De la douceur martyrisée

Va-t’en Satan, lance l’agneau
Avant de succomber à terre
Au sol béni de ses prières
Sans plus de haine pour le bourreau

C’est le sacré que l’on égorge
Au cœur de l’humble sanctuaire
Et le Djihad victimaire
De profanation se rengorge

En forêt de Chiavari
Les arbres géants de leur ombre
Attisent une aquarelle sombre
En ce moment lourd d’agonie

Les vieilles pierres en pénitence
Suintent au cœur de mes pensées
Comme une plaie pérennisée
Par le passé de nos errances

Mais la clairière un ciel ouvert
Présente en chemin d’espérance
Le bleu manteau de tolérance
Au corps blessé de l’Univers

Comme une promesse fragile
De religions entremêlées
Guidant les pas d’humanité
Loin des contingences hostiles

Comme cette force végétale
Recouvrant le pénitencier
Le souvenir des suppliciés
L’effroi des punitions brutales

Comme un cauchemar éventré
Dans le concert de nos louanges
Qu’on croie aux Dieux, qu’on croie aux anges
Ou aux chemins d'humanité.

mercredi 13 juillet 2016

ATTAQUE DU CANARD. QUOI FAIRE ?





Le Canard Enchaîné, qui n’en rate jamais une (de chênaie, en volet de bois verts, nous apprend, ce mercredi, qu’un coiffeur est affecté à la chevelure présidentielle depuis mai 2012. Bon, et alors, pas de quoi se couper les cheveux en quatre me direz-vous. Oui, mais, voilà, le salaire brut mensuel de l’illustre « co-opéra tifs » s’élèverait à  9.895 €.  Ça fait un peu cher le coup de ciseau à l’heure des coupes de budget !

Le contrat de travail d’Olivier B, particulièrement synallagmatique et à titre onéreux, précise le statut de « coiffeur personnel du chef de l’État ». Il a été signé, pile poil, le 16 mai 2012, soit le jour de la nomination du gouvernement Ayrault qui n’était plus en perm’ à Nantes vu qu’il gagnait le fauteuil de Matignon.

Ce contrat stipule de nombreux points, avec autorité et on peut même parler de ton sûr ! Voici quelques exemples les plus marquants :

Art 6 : Le spécialiste capillaire, en raison de sa phobie du vide (si présent chez les socialistes) mettra tout en œuvre pour qu’en 2017 le Président actuel ne soit pas coiffé sur le fil.

Art 9 : Le contractuel évitera d’être de mèche avec le front, qu’il soit national ou de gauche, sous peine d’être mis à la raie.

Art 49-3 : En cas d’absence de majorité de cheveux noirs il sera procédé à une teinture qui engagera la responsabilité de l’exécuteur appelé à maîtrise l’émotion de sang sûr !

Art 50 : L’agent est contractuel de niveau AAA pour la durée du mandat présidentiel en cours et sera rémunéré en petites coupures

La révélation du Canard n’a pas, pour autant, provoqué une prolifération de cheveux blancs sur la tête présidentielle. Flamby reste coi, et qu’est-ce que le coi fait ? Il se moque de ces attaques tirées par les cheveux !

Au pire, ses cheveux blancs il les fait teindre. Il l’éteint cette critique d’un Luc Ferry prompt à tweeter que lui, majestueux ex Ministre de la Culture, ne se teint jamais ; il laisse cela au Président !

Mon dieu, que de passion autour de la chevelure élyséenne, que de poux à chercher dans la tête de Hollande. Il n’empêche, 9.895 € bruts mensuels ça fait peu rire sous cape Hilaire, un smicard à contrat précaire que j’ai connu jadis quand il était photographe, portraitiste et spécialiste des nattes (à lit) mais qui périclita pour des problèmes de pellicules.

Oui  9.895 € ça frise les sept fois le Smic brut mensuel ! Une jolie rémunération pour laquelle son bénéficiaire peut être admiratif après avoir coupé, content, plats tifs !

Une rétribution de coiffeur d’un Président normal. Un Président toujours heureux de son prestataire et qui, sans fin, lui dit : 

Merci pour ce moment, tu mérites ton dû mais ne dévoile pas tes secrets professionnels (article 5 du contrat !)

Le secret : ce que l’homme étanche veut !

mardi 12 juillet 2016

SAIGNE LA BANNIÈRE ÉTOILÉE...


Le président américain est attendu à Dallas, au Texas, ce mardi 12 juillet. Barack Obama visitera une ville en deuil, moins d’une semaine après la mort de cinq policiers, tués par un tireur embusqué en marge d’une manifestation contre les violences policières et après la mort de deux hommes noirs, abattus par la police..


Les USA n’en ont pas fini avec la violence des armes à feu.

Il y a d’abord eu cette hécatombe d’Orlando du 12 juin. Un loup solitaire, Omar Mateen,  ouvert le feu dans une discothèque gay de cette grande ville de Floride. L’Etat Islamique revendiquera peu de temps après cet attentat contre la communauté homosexuelle alors que le tueur avait prêté allégeance à Daech que quelques minutes avant son acte, comme en témoignent des policiers.

Le bilan est terrible : plus de 50 morts et une occasion pour Donald Trump, candidat républicain à l’investiture présidentielle, de se replonger dans l’islamophobie à tout va.

Et puis arrive cet épisode de Dallas, jeudi 8 juillet. Au nom du mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent) quelque 800 personnes défilent pour protester contre une vague d’homicides perpétrés par la police contre les Afro-Américains. Une marche pacifique interrompue tragiquement par des détonations. Un homme ouvre le feu contre les policiers présents pour surveiller la manifestation. Le sniper, un certain Micah Xavier Johnson, finira par être abattu à l’aide d’un robot à charge explosive. 

Mais là encore le sang a coulé : douze policiers touchés parmi lesquels cinq décédés.  Ici, aucune revendication islamique : le tueur voulait juste se venger des policiers au nom de la loi du talion.

Ainsi, à la menace terroriste qu’exporte plus ou moins directement Daech s’ajoute le sinistre retour de la haine raciale s'auto alimentant de vengeances aveugles.

Cette double menace et le sempiternel problème du commerce des armes aux USA vont envenimer la future campagne présidentielle ; cela ne fait aucun doute.


Une loi du talion de sa noirceur létale
Porte l’ombre pérenne sur les flots de tensions
Dans la constitution comme un feu génital
Danse l’amour des armes épris de droit-canon

I have a dream est loin au sommet de l’aigreur
La bannière étoilée tue Martin Luther King
Son grand dessein bleuté pour l’harmonie des cœurs
Trébuche en lents K.O. sur l’effroyable ring

Le racisme aveuglant joue de chaque coté
Frappant le jeune noir ou le blanc policier
L’incendie se répand en sauts crépusculaires

Il rejoint le brasier de l’enfer islamique
Attisé par le fiel d’un destin satanique
Frappant d’homophobie quelque loup solitaire.

jeudi 7 juillet 2016

HÉROS CAR SEMEUR



Michel Rocard vient de mourir ! L’ex premier ministre de tonton le sphinx aura survécu neuf ans à son hémorragie cérébrale qu’il avait eu le malheur de contracter lors d’un séjour en Inde.

Michel Rocard est mort et avec lui une frange de la gauche ancrée dans les idées de Mendès France. Une gauche qui ne se reconnaît pas dans le galimatias pro-libéral d’un Hollandisme aux abois, condamné à jouer du 49.3 pour faire passer une loi sur le travail alors même que ce stratagème constitutionnel avait été fustigé par l’hôte de l’Elysée…

Michel Rocard vient de rendre l’arme à gauche, cette gauche qui faisait dire à ses disciples : « un Rocard sinon rien », pour paraphraser un slogan publicitaire d’esthète anisé (est-ce tétaniser ?)

Licencié ès lettres et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Ecole nationale d’administration (ENA), Michel Rocard adhère en 1949 aux jeunesses socialistes. Ce n’est pas encore la grande rose mais c’est déjà la rosette qu’il déguste en salle amie avec des potes aux mêmes idéaux.

 Après son entrée à l’ENA, il s’oppose à la guerre d’Algérie aux côtés des socialistes en rupture avec Guy Mollet lequel traite ces jeunes coqs en pattes par-dessus la jambe. Il adhère au Parti socialiste autonome (PSA avant que ça ne devienne Peugeot Citroën) et participe à la fondation du Parti socialiste unifié (PSU) en 1960.

Nommé inspecteur des Finances en 1958, il gère des dossiers épais et sue. Puis il devient secrétaire général de la Commission des comptes et des budgets économiques de la nation en 1965, puis secrétaire général du PSU.

Le Courbevoisin se présente aux élections présidentielles de 1969 mais sa courbe voit atteindre une asymptote bloquée à 3,61 % des suffrages exprimés. Par contre, la même année, il détrône Couve de Murville (alors 1° ministre), lors d’élections législatives. Il devient alors député des Yvelines (poste qu’il perdra en 1973 tant sa députation se couvre de murs vils).

Economiquement, le modèle yougoslave l’attire ; ses idées empruntent des Balkans et pas par un petit taux (et pas parrain peut Tito). Oui, il aime l’autogestion à la sauce yougoslave, ce socialisme de marché, ouvert aux collectifs ouvriers, même si ce système trouvera ses limites car un salarié reste avec un sale air d’exécutant de directives d’Etat.

Lors de la campagne présidentielle de 1974, il soutient Mitterrand. Il devient alors membre du bureau exécutif du PS et secrétaire national chargé du secteur public. Elu maire de Conflans-Sainte-Honorine (78) en 1977, il obtient le titre de député de la circonscription de cette même ville aux législatives de 1978 et s’occupe au mieux de ses administrés (il ne veut pas voir que des cons flâner, heu..que des Conflanais)
Postulant à la Présidentielle de 1981, il se retire quand Mitterrand annonce sa candidature au nom de la rose et contre un Giscard dont, déjà, les valets rient.

Il devient alors Ministre du Plan (et rampe hâta plan)  et de l’Aménagement du territoire et son mot roi est « plan Etat-Région ». Puis il s’occupera de l’agriculture jusqu’au jour où il considérera comme mauvais pis à lait le scrutin à la proportionnelle proposé par Tonton et qui fera rentrer, en 1986, des élus du Front National à la chambre des députés !

Pour cette raison il se nomme démissionnaire en 1985 et se fait des missions ailleurs, mais on perd sa trace jusqu’en 1988.

Cette année-là, Tonton (que son camp sert) se fait réélire à l’Elysée. C’est reparti pour sept ans de mitterrandisme et l’homme de Latché accepte enfin de nommer Michel à Matignon.

Et Rocard sans rancœur de requin à courroux se requinque au rencart concédé, du bout des lèvres, par le père caché de Mazarine. Las pour lui, il ne bénéficie pas d’une grande majorité en dépit de ses 58 balais bien sonnés et devra utiliser le fameux 49-3 dont il sera le champion de l’usage (28 fois).

Influencé par le père Wresinski (ATD quart monde) il instaure le RMI (Revenu Minimum d’Insertion) le 12 octobre 1988 car le hère est mis en priorité dans sa conscience protestante et pour le salut terrien (salut luthérien !). Cette initiative est d’ailleurs votée à l’unanimité à l’assemblée. On regrettera toutefois que l’insertion du I dans RMI n’ait pu générer de… l’Insertion pour les demandeurs de travail tant les ans ploient sous le manque de contrats.

La même année, à la suite des événements en Nouvelle-Calédonie, il fait signer les accords de Matignon (26/06/88) et rétablit la paix entre Kanaks (autochtones mélanésiens) et Caldoches (population blanche) : une sorte de vie nouvelle cale hédonisme dans les rangs sociaux, en apparence. Ces accords seront suivis, en 1998, des accords de Nouméa qui nous met à imaginer un référendum d’ici 2018 pour fixer un statut à  cette île. Celle-ci demeure, pour l’instant, une collectivité sui generis d’Outre-mer mais aussi d’outres paires : une pour chaque communauté et qui peut les cœurs d’aise altérer !

En 1990, il fait adopter la CSG (Contribution Sociale Généralisée), un ovni fiscal (l’Ovni, vise l’Ovni ♫)  reposant sur les revenus du travail et du capital et qui augmente votre revenu imposable : votre assiette est alors plus large pour y placer une tranche supérieure de gens bons à l’assujettissement.

En 1996, face aux vagues migratoires (déjà), il lance « La France ne peut accueillir toute la misère du monde », une phrase dont la teneur exacte était, selon lui : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part ». Il n’empêche, on continue à utiliser l’exorde de ce mini discours sur l’exode en ajoutant un air de xénophobie latente !

En 1991, le Sphinx élyséen, ne le supportant plus, lui demande de démissionner. Il quitte Matignon en se préparant une bonne soupe de Cresson assez in-Edith. En 1993, il devient premier secrétaire du PS, un poste qu’il quittera un an plus tard à la défaveur d’un échec aux élections européennes (juin 1994). Il bute sur un Tapie dont l’âme hoquette au rythme des tremblements du grand patron de la rose dont la prose tâte le pamphlétaire anti-rock-art, musique jugée trop révolutionnaire.

De 1994 à 2009, il siège au Parlement Européen et soutien l’entrée de la Turquie dans l’UE. Pour lui il n’est pas insultant de dire que ce pays bosse fort et qu’il pourrait être hôte aux mannes précieuses : accès aux routes énergétiques, économie en plein essor et prête à payer en carats…

Il quitte l’Europe en 2009. A la demande d’un petit nerveux, qui se veut incarner en l’Etat l’honnête, il remet un rapport dans lequel il préconise une taxe carbone de 32 € par tonne de CO2. Car l’homme, grand navigateur, aime cette Terre qu’abaissent tant les dérives humaines sans temps gais, juste au bord de l’amer.  Il propose même, avec le divin chauve (Alain Juppé) un désarmement nucléaire mondial. Avec le maire de Bordeaux il ne travaille pas en vain : les deux cerveaux jadis ennemis œuvrent ensemble !

Pourtant, déjà, l’homme est diminué. Une hémorragie cérébrale, en Inde, en 2007, limite son activité. Les pathologies se succèdent en file indienne. L’homme sert au quart. Il se déclare guéri d’un cancer en 2015. Mais, le crabe aura raison de lui ce 2 juillet 2016.

Aujourd’hui, un hommage national, présidé par François Hollande, lui est rendu dans la cour des Invalides. L’occasion de rassembler tout l’éventail politique : les anciens amis, les ennemis notoires, les traîtres…


L’homme incarnant la deuxième gauche va recevoir les honneurs de la Nation mais il faudra garder de lui cette intégrité (liée à son protestantisme) : une vertu qui manque à pas mal de ceux et de celles qui, en ce jour, pleurent ou se recueillent autour de sa dépouille.

dimanche 19 juin 2016

HOMMAGE A JO COX



Jo Cox, députée pro-UE au Royaume-Uni, mère de famille et délicieuse personne aux dires de ses proches, vient de mourir sous les coups sauvages d’un détraqué.

Jo, paye de son sang, le prix d’un référendum que d’aucuns, sur l’île de Sa Majesté Elizabeth II, jugent déjà comme dangereux car il va provoquer un antagonisme profond au sein du microcosme politique et diviser durablement la société civile.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement de savoir si le Royaume-Uni va rester dans l’Union Européenne. Le premier ministre britannique, David Cameron, a lancé le référendum sur le Brexit (sortie de l’UE) comme une vieille promesse de campagne.

L’homme est plutôt pro-européen et vient d’obtenir, lors d’un sommet européen des 18 et 19 février, des satisfactions notables :

·        Sur l'immigration, une clause de sauvegarde de sept ans a été accordée au Royaume-Uni sur certaines aides sociales pour les nouveaux migrants. Cette clause permet de limiter les versements selon une échelle graduelle. Londres pourra ainsi indexer les allocations familiales au niveau de vie du pays où vivent les enfants.

·        Sur la souveraineté, le Royaume-Uni a obtenu la mise en place d'un "carton rouge", soit la possibilité de s'exonérer  d'un traité si une alliance de 55 % des votes alloués aux parlements nationaux est réunie.

·        Sur la gouvernance économique, David Cameron, qui craignait que Londres ne fût  pénalisée par son refus d'adopter l'euro, affirme avoir obtenu des garanties pour protéger la City contre toute discrimination. Il indique que l'UE a reconnu "pour la première fois" qu'elle avait plusieurs monnaies.

·        Sur la compétitivité, Cameron a obtenu un accord pour "améliorer la compétitivité" et prendre "des mesures concrètes" pour avancer.

Mais, poussé par l’extrême droite et ne voulant pas se dérober à sa promesse de campagne, Cameron a finalement cédé aux sirènes de la consultation populaire. Le référendum aura bien lieu. Logiquement il doit se dérouler ce 23 juin 2016.

Mais, lors de tout débat politique décisif, chaque camp a tendance à stigmatiser l’autre. La diabolisation s’enracine.

Les Britanniques favorables au maintien du Royaume-Uni dans l'UE  sont considérés comme les serfs d'une bureaucratie technocratique irresponsable, comme des parjures au royaume, comme des tristes sires ne pouvant bâtir leurs arguties que sur le réflexe de la peur !

Les partisans du maintien dans l'UE taxent leurs détracteurs d’obscurantistes, de réactionnaires incultes, d’anglicans bornés, paralysés par la peur de l’Europe dans un contexte international qui exige, tout au contraire, de faire confiance à l’unité des pays.

C’est dans un tel contexte de déchirement que Jo Cox vient de succomber, au milieu des mille mots de haine et d’ostracisme qu’on se lance, à la légère, entre les deux camps.

« Mort aux traîtres, liberté pour le Royaume-Uni », a lancé Thomas Mair, 52 ans,  le meurtrier présumé de la députée lorsqu’il a été  invité à décliner son identité lors de sa première comparution devant le tribunal de Westminster.

L’homme souffre de déséquilibres mentaux et, apparemment, aurait fait allégeance à un parti néo-nazi. Mais le passage à l’acte s’inscrit surtout dans un climat de détestation où les arguties délétères déchirent le tissu social du royaume.


Jo Cox, petite flamme d’humanité, le cœur ouvert aux migrants et aux plus démunis, vient de mourir pour ce qu’elle représentait : la confiance en l’avenir de l’Europe, la foi dans la construction d’un bel ensemble de peuples dans lequel une île, aussi souveraine soit-elle, serait capable d’apporter son écot.




Jo n’ira plus dans sa péniche au bord de la Tamise
On l’a tuée pour ses idées, feux de fraternité
Son sang versé au cœur des mots qui se déshumanisent
Son âme emportée loin des flots de l’agressivité

Son pauvre corps martyrisé en drapeau symbolique
Réunifie pour quelques jours le royaume éclaté
Trop de passions exacerbées en haine diabolique
Sortir ou pas ? Une question aux éclats meurtriers.

Thomas de son esprit simplet a dirigé les armes
Avait-il au fond de son âme la noirceur terroriste ?
On hésite encore à le dire du plus profond des larmes
Le ciel aimerait tant revoir sa couleur pacifiste.

Jo n’ira plus chanter au monde les couleurs de la vie
Le grand blanc d’une paix syrienne, le vert de l’espérance
Pleurent les âmes embrumées de Londres abasourdie
Dans le parfum des roses en deuil, sous le poids des souffrances.


samedi 21 mai 2016

BAUPIN ET LE HARCELEMENT



L’affaire Denis Baupin suit son cours sous un plafond qui s’ouvre, libérant la parole de femmes trop longtemps rompues au silence de la honte.

Le vice-président écologiste de l’Assemblée Nationale a été contraint de démissionné à la demande pressante de son supérieur, le Président Bartolone. L’homme n’a pas vraiment bonne presse depuis que huit femmes ont témoigné sur France Inter et Médiapart de ses faits et gestes à l’encontre de leur intégrité physique et morale : harcèlement et même agression sexuelle.

Depuis, bien d’autres langues se délient pour révéler au grand jour les mauvaises manières et les déviances de l’homme politique.

Au lendemain des accusations incriminant Denis Baupin, un collectif de 500 militants et d’élus de toutes convictions politiques a publié un appel dans le journal Libération pour que l’impunité cesse contre les auteurs de harcèlement sexuel.

Dix-sept anciennes ministres, de leur côté, ont dit « stop » dans une tribune publiée dimanche 15 mai 2016. L’appel a notamment été signé par Roselyne Bachelot, Elisabeth Guigou, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarne, Valérie Pécresse ou encore Rama Yade.

Une initiative qui ne semble pas ravir Christine Boutin. La présidente d’honneur du Parti Chrétien-Démocrate (et ancienne ministre)  s’est radicalement désolidarisée de ses consœurs, déclarant même en avoir « marre, vraiment marre » de ces femmes politiques !

Le porte flambeau de la résistance chrétienne au mariage pour tous en veut à ces anciennes ministres qui laissent entendre que les hommes sont des obsédés. Elle refuse le puritanisme, empêtrée dans un amalgame qui lui fait confondre gauloiserie et harcèlement.

Dans ce genre de combat il vaut mieux se taire que d’émettre des sornettes. Mme Boutin évoque une gauloiserie qui ferait partie de l’identité française. Mais jusqu’où va cette gauloiserie ? Et peut-on se satisfaire durablement de voir, au sein de l’hémicycle national, voler des sifflements d’oiseaux, des petites remarques sexistes dès qu’une femme prend la parole ?

La gauloiserie est le terreau du harcèlement, il en crée les conditions. Elle établit un état latent de domination de l’homme sur la femme devenue objet de dérision, et d’allusions grivoises.

Les hommes ne sont pas tous des obsédés mais une certaine légèreté, durablement enracinée dans nos modes sociaux, s’attelle à tendre des perches pour passer du mauvais côté : petites phrases déplacées, mains sur la fesse, harcèlement téléphonique.


Alors il est bon que les langues se délient pour condamner des attitudes d’un autre âge. A défaut, les femmes victimes continueront à subir en se culpabilisant d’être trop séductrices, en s’enfermant dans l’omerta, dans la honte inexprimable…


Femme enfermée dans le silence
Au fil des gestes déplacés
Phagocytée par la souffrance
De ne pouvoir se libérer

Femme emmurée dans l’Omerta
Pour ne pas son mari troubler
Qui mène seule un long combat
Contre les démons obsédés

Femme souillée trop hésitante
A requérir les justiciers
Dans la projection effrayante
D’un tribunal médiatisé

Femme agressée qui s’accommode
Pour ne pas briser sa famille
Mais dont l’énergie se corrode
Sous un drap d’honneur en guenilles

Femme humiliée par les sarcasmes
Au nom de la domination
De ce machisme qui fantasme
Donnant de soi bonne opinion

Femme angoissée par l’avenir
Qui s’ouvrirait à ses poursuites
Une carrière à en mourir
Par compétences éconduites

Femme brisée sous l’impudeur
Salie jusqu’au fond de son âme
Qui désespère de voir l’honneur
Rendu un jour,  tant vainc l’infâme.

Femme abattue, jetant les armes
Au cœur du silence assourdi
Et qui choisit, au bout des larmes
L’irréversible tragédie.


samedi 14 mai 2016

DE SÉDUIRE KAHN EUT L'ART (qui n'en est pas un)



Vendredi 7 mai, bien après Tea-time, le candidat du Labour Parti étant, à la bourre, parti serrer des mains sans ressentir de poids niais, apprit, sans surprise, qu’il s’était imposé devant son rival Goldsmith (forgeron d’or) qui utilise trop de conservateurs pour prétexter porter l’habit haut, logique !

Oui, Sadiq Khan, venait de gagner avec 57% des voix, le fauteuil de la Mairie de Londres, et j’entends big ben qui sonne. C’est la folie à London.

Pourquoi tant d’effervescence ? Tout simplement parce que Mr Kahn devient le premier maire musulman d’une grande capitale occidentale ! Alors, certains applaudissent et d’autres s’interrogent.

Evidemment, pour les islamophobes empâtés et pas très ravis au lit neuf que prend la Tamise, Kahn est l'honni ! Mais, l’homme, fils d’un chauffeur de bus pakistanais veut immédiatement rassurer :

Je promets d’être un maire pour tous les Londoniens, pour toutes les Londoniennes (on dirait du Chirac). Je veillerai à m’assurer que vous ayez les opportunités que cette ville incroyable m’a données.

Il doit rasséréner certains riverains qui cancanent quand Kahn allègue ne pas appartenir à la mouvance radicale.

Il seront prêts à lui tirer moult flèches des meurtrières dès qu'il verront la barbe à Kahn !

Pour ses électeurs le problème ne se pose pas : il serait trompeur de réduire le nouveau maire de Londres à sa seule religion musulmane ! C’est d’abord un travailliste que lisse l’âme d’un bon pas qui s’tend ! Alors pas d’amalgame, lance un dentiste du bridge (tower) qui a voté pour Kahn à l’historique…de ses antécédents l’aidant.

Pour un journaliste britannique : «c’est surtout la victoire d’un homme politique de gauche, dont le père roulait à gauche en bon chauffeur de bus et qui a transmis le goût de la boxe au fils !"

Un homme politique qui fera une politique de gauche en bousculant ! Et d’entendre déjà de la part de ses partisans :

As hurricane, hurry Kahn !

(Comme un ouragan, bouscule Kahn !)

Il devra s’atteler à la crise du logement car le prix de l’immobilier flambe. Kahn adhère à une politique de lutte contre cet incendie. Il mise sur ce combat mais on lui susurre déjà : il faut pousser au-delà ta mise !

Oui, on lui spécifie qu’il devra aussi gérer la rénovation des transports en commun (les trans-maures en copains disent les vilains). Il pense d’ailleurs geler durant quatre ans les tarifs de ces derniers ! Ce ne sera pas du gâteau mais, décidé, Kahn l’est.

L’homme voudrait aussi se lancer dans des travaux financé par l’emprunt. Mais il est coupé en deux entre rigueur budgétaire et amélioration de vie des moins aisés : on verra comme agira Sadiq au taux mis !

En France les réactions sont contrastées.

Jack Lang lit Kahn, de manière très religieuse, le programme du Pakistanais va dans le bon sens, bien à gauche.

En revanche, Ménard, maire de Béziers, fait des cauchemars dantesques. Il imagine la ville de Londres aux mains des barbus et Piccadilly Circus envahi de boutiques de kebab !

A tant faire que de juger les maires sur leur religion, je dirais qu’il aurait mieux fallu voir l’abbé Kahn, si vous m’autorisez !

Kahn, lui, n’en a que faire de cet olibrius obnubilé par les crottes de chiens qui polluent sa ville et dont il veut ficher les ADN. Sadiq se moque de Ménard qu’il ne connaît pas.

L’homme savoure sa victoire en attendant l’épreuve des faits.

Longtemps serein au cours de sa compagne, Kahn a ri…lors de son élection.