SALMAN
Un blog qui suit l'actualité et cherche à y trouver des éléments humoristiques. Un blog aussi poétique quand il le faut... Avec de la gravité.
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mercredi 20 mai 2026
HOMMAGE A SALMAN RUSHDIE
mardi 17 janvier 2023
GINA DANS LA MAGIE D'ESMERALDA
Gina Lollobrigida est morte. La star italienne
avait 95 ans. Son décès a été rapporté ce 16 janvier 2023 par
l'agence de presse italienne Ansa. "L'ancienne sex-symbol avait fait une
chute à son domicile romain en septembre dernier. Elle s'était cassée le col du
fémur et avait été hospitalisée", souligne BFMTV. Petite biographie de
cette grande figure du cinéma.
Gina
Lollobrigida, de son vrai nom Luigia Lollobrigida est née le 4 juillet 1927 à
Subiaco et a subi assauts de fées penchées sur son berceau l’incitant, déjà, à
crever l’écran. Aussi, très vite, elle quitte son milieu ouvrier pour monter à
Rome et devenir étudiante à l’Académie des Beaux-Arts.
Romaine,
l’es-tu ? Se pose-t-elle souvent comme question. Ou va-t-elle aller
ailleurs ? Elle se voit confier un rôle dans un Rome-en-photo et se fait
remarquer pour sa beauté plastique. En 1947, elle termine deuxième au concours
de Miss Rome et troisième à celui de Miss Italie , pays connu pour ses prix de
bottées !
Durant
quatre longues années (1947 à 1951), le cinéma, ne lui offre que des rôles
secondaires : L’Aigle noir de Riccardo Freda, où Barbara ne figure pas au
générique, « Traqué dans la ville » de Pietro Germi, et d’autres…
Arrive, enfin, le film de Christian-Jaque « Fanfan la Tulipe », où
elle interprète Adeline, dont tombe amoureux Fanfan, incarné par Gérard
Philippe !
En
1952, elle se retrouve devant les caméras de René Clair qui lui dit : -
Foncez ! Elle jouera donc dans « Les belles de nuit »,
rivalisant de beauté avec Martine Carol. Puis Luigi Comencini, comme en ciné
ardent, la fait jouer dans « Pain, Amour et Jalousie » qui n’est que
la suite de « Pain, Amour et Fantaisie », au côté de Vittorio de
Sica, qu’elle envoûte !
Ces
films lui donneront une stature internationale. Le Britannique Carol Reed
pensera à elle pour jouer une fille de cirque dans « Trapèze » avec
Burt Lancaster et Tony Curtis. Elle se répète alors, inlassablement, qu’elle
est faite pour être enfant de la balle et mantra pèse !
Enfant
de la balle, elle le demeure en incarnant Esmeralda, la bohémienne saltimbanque
de « Notre-Dame de Paris », de Jean Delannoy. Un de ses plus grands
rôles. Elle porte secours à Quasimodo, incarné par Anthony Quinn.
Elle
repart aux USA, où elle crève l'écran devant les caméras de John Sturges, en
1958, dans « La proie des vautours ». Elle y côtoie Frank Sinatra et
Steve MacQueen. En 1959, dans « Salomon et la Reine de Saba » de King
Vidor, elle a comme partenaire Yul Brynner, moins chauve que jamais.
Au
début des années 60, elle jouera dans « Vénus impériale » de
Delannoy. Elle y incarnera Pauline Bonaparte avec beaucoup de ressort (oui,
être en Pauline ça aide !). Elle aura notre Bebel national dans « La
mer à boire » de Castellani (1963)
Privilégiant
la comédie, Gina Lollobrigida paraît encore dans « Les Poupées » de
Mauro Bolognini avant de retrouver Rock Hudson dans « Etranges compagnons
de lit », un film de Melvin Frank (1965).
1968
est une année charnière dans la vie de Gina qui met fin à dix-neuf années
de mariage, perdant ainsi son impresario. Elle met un frein à sa carrière après
le tournage de « Buona sera Madame Campbell » de Melvin Frank.
Elle participe encore au western parodique « Les quatre mercenaires d’El
Paso » d’Eugenio Martin, sentant que parodie n’est pas paradis, sous l’œil
goguenard de paparazzi.
Alors
elle devient la fée turquoise (1972) qui aide Pinocchio à devenir un petit
garçon. La série de 6 épisodes, de Comencini, fait la joie des tout petits, des
ménagères de +/- 50 ans et des maris honnêtes.
Après
le drame « Roses rouges et Piments verts » de Francisco Rovira Beleta
(1973) avec Danielle Darrieux, où elle joue le rôle d’une photographe, elle
cesse de tourner pour se lancer dans une nouvelle passion : la
photographie ! On croyait à la mort de sa vie artistique mais la faux cale !
Elle
revient à la télévision en 1984 dans plusieurs épisodes de la série « Falcon
Crest » : faut qu’on vive, se dit-elle. En 1985, elle joue dans la
série « Prête-moi ta vie » en commençant à en avoir assez d’être une
souris de série qui sourit.
En
1986, elle est présidente du jury du Festival international du film de Berlin
et y reçoit la Caméra de la Berlinale, récompense créée et décernée aux
cinéastes et aux acteurs qui ont rendu d'éminents services au festival.
Ses
derniers rôles remontent à 1996 dans le feuilleton italien Una donna in
fuga, et dans le film français XXL, d’Ariel Zeitoun, auprès de Gérard
Depardieu et Michel Boujenah.
En
1999, Gina Lollobrigida se présente aux élections européennes numéro 2 sur
la liste d'Antonio Di Pietro mais échoue pour accéder au Parlement européen,
dix pieds trop loin. Elle se consacre alors à la sculpture, cet art qui éclot d’elle.
Mais la photographie ne la quitte pas non plus.
Elle vient de nous quitter ce 16 janvier 2023. Mais nous reste en mémoire
le merveilleux visage d’Esmeralda, la grâce infinie d’une danse voluptueuse sur
le parvis de la cathédrale, et ce regard de velours d’une beauté
extraordinaire.
Gina, fleur d’émotion, coquelicot de feu
Se cambre au fil des vents d’une musique folle
Son cœur d’Esmeralda, sur ce parvis s’envole
En transes volatiles, d’un astre merveilleux.
Hypnotique vision à damner son essence
A suffoquer d’amour dans l’intense brasier
Qu’un âtre malicieux de la concupiscence
Attise de passions, de foudres essaimées.
Gina, Esmeralda, volupté d’une transe
Les seins gorgés d’hymen à sublimer les cieux
Virevolte, tournoie, envoûte mille yeux
Flux d’ensorcellements, arabesques lascives
Une flamme charnelle à l’aura suggestive
Un mystère amoureux dans les plis d’une danse.
mardi 13 septembre 2022
GODARD, EN SA DERNIERE SALLE OBSCURE.
Il
n’aura pas eu le temps de filmer les obsèques de Queen Elizabeth ! Il est
mort dans la foulée du trépas monarchique.
Oui, Jean-Luc Godard est mort, à bout de souffle, ce 13 septembre.
Né le 3 décembre 1930, à Paris, le petit Jean-Luc va vite se retrouver en Helvétie, à Nyon plus exactement ! Dès lors Nyon lui ouvre les yeux sur la beauté suisse. Il y fait ses études et obtient le diplôme du collège. Puis, ses parents l’envoient à Paris pour décrocher le bac ! Mais ils divorcent, débordés par le mépris ! Il se retrouve abandonné et voit son bac à ras tant les crises talent ses fruits de recherche culturelle.
Il fréquente alors les cinémas. Puis, il va s’intégrer dans l’équipe de la gazette du cinéma et publie, à 19 ans, ses premiers textes critiques qui sont, pour lui, de haut vol !
En parlant de vol, c’est un adepte de la cleptomanie. Il vole à tout va. Ainsi, en 1953, il vole dans la caisse de la télévision suisse et se tape trois nuits en prison, dans le noir du temps (segment de Ten Minutes Olders, film collectif de 2002).
Pour éviter de partir en Indochine, jouer au petit soldat, Jean-Luc opte pour la nationalité suisse, à l’âge de sa majorité.
- Genevois que cela à faire, lance-t-il !
Il réalise un documentaire sur le chantier du barrage de la Grande-Dixence, en Valais. Un film qui ne fera pas couler beaucoup d’eau.
Il est temps de passer aux choses sérieuses : réaliser des vrais films ! Avec des acteurs ! Il va donc s’y mettre et réaliser « à bout de souffle » (déjà cité en début de ce billet) et mettre en valeur un de ses acteurs préférés : Jean-Paul Belmondo !
Puis il tourne «Le petit soldat », un vrai coup de Massu pour l’armée française qui y voit une tentative de déstabilisation pour les pauvres types envoyés en Algérie. Cette œuvre n’est pas osée vainement !
Dans ce film, brille Anna Karina, une jeune femme talentueuse qu’il aura l’occasion de faire tourner dans moult films : Une femme est une femme (1961), Vivre sa vie (1962) Pierrot le fou (1965) Alphaville (1965) Made in Usa (1966).
Complètement
ancré dans la nouvelle vague, avec Truffaut ou encore Chabrol, il va chercher à
réinventer la forme narrative du cinéma.
Ainsi, dans « le mépris » (oui, je sais, déjà cité au début de mon récit ! C’est décousu, mais c’est comme du Godard !), le réalisateur va transformer une histoire d’amour, somme toute banale, en transformant la narration classique et hollywoodienne. Il le fera en intellectualisant la rupture amoureuse et en donnant une dimension mythologique à l’homme, et humaine aux dieux, à travers la figure de Fritz Lang, metteur en scène cherchant à adapter Ulysse et l’Odyssée !
Dans ce film, Brigitte Bardot demande à Piccoli : - et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? Phrase culte qui ne devrait pas occulter le reste des séquences de ce grand film, un des plus romanesques de Godard. Je l’ai encore redit à mon petit voisin, Ali, qui y voit un film de cul ! C’est très réducteur ! Il faut bien qu’Ali pige !
Mais brusquement son moi s’accroche à Mao et il tourne « La chinoise et le Week-end » (1967) ! Un film finalement mal perçu par les maoïstes qui se voient représentés comme de jeunes bourgeois qui jouent aux révolutionnaires. Leur colère se livre, rouge !
Cette période maoïste ne dure pas pour éviter qu’en chie noise ! Jean-Luc entame alors une période vidéo, de 1973 à 1979 ! Il fera des films pour la télévision, comme « six fois deux » où il se met en scène en tant qu’interviewer d’un paysan, d’un journaliste, ou encore d’un horloger adepte du super 8, qui lui dit que son métier est passionnant mais que la caméra aussi l’est !
En 1980, il revient à un cinéma plus grand public qui attire des acteurs de renom. Il est sélectionné au Festival de Cannes trois fois pour Sauve qui peut la vie (1980), avec Isabelle Huppert, Passion (1982), avec la même Isabelle, et Détective (1985) avec Johnny Halliday et Nathalie Baye avant qu’ils ne se séparent en 1986 ! Il obtient le Lion d'or au Festival de Venise pour Prénom Carmen (1983) un film qui trompe son monde car la bande musicale ne vient pas de Bizet mais de Beethoven !
Dans les années 90 et 2000, Godard fait un retour à l'expérimentation avec Histoire(s) du cinéma (1998) et Eloge de l'amour (2001). Dans sa perpétuelle volonté de "peindre les choses qui sont derrière les choses", Jean-Luc Godard est un véritable novateur ! Sauf pour le clergé qui y voit un hérétique de première avec la sortie du film « Je vous salue Marie » (1985) ! Il faut dire que le réalisateur a la main lourde en transformant Marie en fiancée d’un chauffeur de taxi qui ignore qu’elle est enceinte. En matière d’apparition ironique le réalisateur ne tourne pas autour du Pau.
En
2010, il réalise Film Socialisme, qui suit des
voyageurs sur une croisière en Méditerranée. C’est plutôt « la croisière s’amuse »,
en lieu de consommation ! Un socialisme où le mot rose n’a plus cours.
Le réalisateur s'intéresse ensuite à la 3D ; son film Adieu au langage est auréolé du Prix de Jury au Festival de Cannes en 2014 ! On y retrouve la patte de l’auteur : mouvements de caméra, son mal synchronisé, mise en abime… C’est l’histoire filmée en 3D d’un chien qui parle à la place de ses maîtres ! On pourrait presque y voir un clin d’œil à Devos : - Mon chien c’est quelqu’un !
Voilà, caché derrière ses lunettes noires, le trublion du 7ème art français s’en est allé, de plein gré, parce qu’épuisé. Ballotant entre le cinéma populaire, voire mineur et la recherche de l’élitisme, naviguant entre dandysme de droite et gauchisme enflammé, le réalisateur en aura désorienté plus d’un !
Il laisse une œuvre polymorphe où se mêlent
poésie, absurde, cheminements ésotériques et culture des paradoxes. Ses détracteurs
en retirent des positions radicales, ses admirateurs aussi. Une œuvre riche qui
parle beaucoup de l’évolution du cinéma et de la force des images, dans ce qu’elles
disent et dans ce qu’elles ne disent pas.
Salut l’artiste !
vendredi 21 janvier 2022
GASPARD AU TRAGIQUE DESTIN
Gaspard Ulliel vient de mourir, à l 'âge de 37 ans. Ce brillant acteur nous avait fait rêver par ses interprétations dans "Un long dimanche de fiançailles" ou encore dans "St Laurent" où il interprétait le grand couturier. On le retrouvera dans "Juste la fin d'un monde", un film qui le couronnera avec un césar du meilleur acteur. Mais la mort frappe n'importe quand ! Un stupide accident de ski, une irrévérence du destin, et Gaspard rejoint le Paradis des étoiles filantes...
La neige est écarlate, c’est un beau jour d’hiver. Gaspard respire à fond cet air des fraîches Alpes. Un parfum d’Italie ravive son élan. La frontière n’est pas loin, il pense un jour tourner au pays de Risi, de Visconti, de Fellini.
Mais pour
l’instant il skie, loin des lieux de tournage. Loin du tapis rougi des vanités
de Cannes. Il skie dans la grandeur de cette plénitude. C’est une piste bleue,
elle s’offre à sa jeunesse, à cette joie nourrie d’une ineffable ivresse.
C’est un
mardi, paisible, dans l'écrin de La Rosière, loin des masques urbains, des attentes ourdies par l’urgence
des tests. C’est un après midi de longues fiançailles avec ce que la vie nous
offre de meilleur.
Il
descend, prend le pouls d’une vitesse vive, pour rejoindre là-bas des amis qui
l’attendent. La piste se sépare en deux tronçons dociles. Il bifurque, enivré,
vers le chemin de gauche.
Le choc
frappe son corps, il se fond dans la neige. Sa tête cherche, en vain, le casque
salvateur. Mais déjà il n’est plus, il sombre dans la nuit sous le ciel silencieux
des cimes éternelles.
Juste une
collision avec une autre vie, qui sortira indemne du tragique chemin. Gaspard
rejoint le ciel, dans le bruit d’un rotor. Est-ce ainsi qu’on rejoint le Paradis
promis, en vol d’hélicoptère, aux pales désespérées ?
Des brumes
éthérées baignent la chambre noire. Les hommes en blouse blanche rejouent les
égarés. Il ne survivra pas, juste la fin du monde. Juste la fin qui pleure qu’elle
n’y peut rien, oui mais…
Oui mais,
s’éteint le feu, s’installe le silence. S’étire la nouvelle dans le ruisseau
des larmes, défile en longue peine dans une robe noire, l’ombre de St Laurent,
et l’âme des vivants.
Gaspard s’en
est allé rejoindre les étoiles, trop vite disparues, dans ce monde incertain.
Des
regards interdits, hébétés, sans paroles, relisent la dépêche, aux éclats
inouïs.
Gaspard,
rejoint le ciel des tragiques destins, laissant à l’horizon des promesses
perdues, des rêveries brisées et des cœurs orphelins.
lundi 13 septembre 2021
BEBEL A BOUT DE SOUFFLE S'EN EST ALLE
Le 9 avril 1933, alors que meurt Auguste Emmanuel Pointelin (mais pas l’autre) un peintre jurassien, c’est la fête chez un autre artiste, un sculpteur. Oui, chez Paul Belmondo vient au monde le petit Jean-Paul dont la première cascade sera de sauter de son berceau pour rebondir sur le chat !
La sculpture n’attire pas le jeune garçon si ce n’est celle qui s’occupe de son corps. Il se fait une musculature de boxeur qui lui va comme un gant. Mais il aime aussi le théâtre et pas seulement pour les trois coups ! Il entre au conservatoire en 1951 et rencontre des gars sympas qui deviendront, comme lui, des incontournables du 7ème art : Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort. Le théâtre le passionne mais ses maîtres le trouvent peu talentueux. Parmi ces vilaines critiques, celle de Pierre Dux (le chef, en latin) qui affirmait que le jeune homme ne serait jamais jeune premier en raison de sa laideur ! Mais cela va le booster car l’aident heurts !
Il fait ses débuts au cinéma en 1956. S'agissant d'abord de petits rôles, il gagne la confiance de Godard, dans la mouvance de la nouvelle vague, et qui lui offre le premier rôle au côté de Jean Seberg dans A bout de souffle en 1959.
Ce film est un révélateur. Il se fait ensuite connaître comme un comédien physique, interprétant lui-même ses cascades au sein de réalisations populaires (L'Homme de Rio en 1964, Borsalino en 1970, où il partage la vedette avec Alain Delon, Le Professionnel en 1981).
Dans les années 1980, il a tendance à s'appuyer sur ce succès facile et emprisonne son personnage, entre flic et voyou. Son retour sur les planches dans le rôle de Kean, sous la direction de Robert Hossein lui est alors salvateur. Dans la foulée, il décroche un césar du meilleur acteur (mais qu'il refusera d'aller chercher) pour son interprétation dans Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch (1988).
Il retrouve Hossein (qu’il avait tué dans un duel au pistolet pour les besoins du Professionnel ; mais le spécialiste d’Audika n’en tenait pas rancune, il ne l’entendait pas de cette oreille). Il joue dans Les Misérables en 1995 ! Puis on le retrouve chez Cédric Klapisch dans Peut-être (1999) et en 2000 dans Les acteurs, de Bertrand Blier.
Les atours de Bébel (son surnom) sont les mimiques de son visage, et son sourire, qui parlent à tous, quelle que soit la langue. L’homme respire la joie de vivre et la sympathie.
Se plaisant dans un dandysme débonnaire, il refuse de s'enfermer dans une image de héros figée ! Aussi, boudera-t-il le cinéma pour retourner vers le théâtre.
Hélas, le comédien sera victime d'un accident vasculaire cérébral en 2001. Il s’ensuivra un long combat pour retrouver l’usage de la parole. Il peut ainsi faire son grand retour au cinéma, en 2009, aux côtés de Francis Huster qui réalise aussi le film, Un homme et son chien, drame dans lequel il interprète un homme qui se retrouve seul, à la rue, du jour au lendemain, avec son chien.
Pour l'ensemble de sa carrière, il reçoit une Palme d'honneur au cours du Festival de Cannes 2011 !
En 2015, son fils Paul (coureur automobile français) lui rend un bel hommage au travers un documentaire co-réalisé avec Régis Mardon. Belmondo par Belmondo est présenté en avant-première au festival Lumière à Lyon en sa présence.
Puis, lors de la cérémonie des Césars 2017, un hommage lui est rendu en sa présence, au cours duquel le public lui fait une longue ovation debout.
Il meurt ce 6 septembre 2021, à Paris, à l’âge de 88 ans. Un hommage national lui est rendu, aux Invalides. Emmanuel Macron, spécialiste en la matière (pour l’âme aux tiers) prononce l’éloge funèbre.
Il nous laisse le souvenir d’un comédien magnifique, généreux et terriblement éclectique. On retiendra de lui qu’il fut l’acteur-cascadeur, ne laissant personne le remplacer pour réaliser les prouesses les plus audacieuses !
Et pour clôturer ce billet, je vous propose cette histoire de voyou que n'aurait pas désavoué notre Bébel national. On y retrouve tous les titres de ses films.
Il doit rencontrer Léon Morin, prêtre, pour se
confesser. Il a pris le mauvais chemin et se voit désormais traqué comme
l’animal. Léon, saura, peut-être, mieux que l’écouter. Il saura le
cacher comme il a su le faire pour l’aîné des Ferchaux, l’incorrigible Pierrot
le fou, qui avait une chance sur deux de se faire buter par flic
ou voyou tant il flirtait avec la scoumoune !
Un tendre voyou, que ce Pierrot, qui avait quitté le confort familial, les joyeuses
pâques au bord de la mer, le week-end à Zuydcoote, dans la résidence
secondaire ! Oui, il avait tout pour suivre l’itinéraire d’un enfant
gâté mais il ne l’avait pas désiré.
Pierrot était devenu le voleur, et le casse n’avait
aucun secret pour lui ! Il était devenu le professionnel, reconnu
comme le cerveau d’un gang qui sévissait, à pied, cheval et en
voiture. Il avait recruté ses acolytes parmi les copains du dimanche,
et même, un drôle de dimanche, il avait fait la rencontre de Stavisky,
un homme au Borsalino sombre, mais qui était réputé pour être l’homme
de Rio, le démoniaque chef du clan « les morfalous »,
recherché au Brésil, et qui s’était réfugié, à bout de souffle, en
France, avec ce nom d’emprunt, un tantinet polonais, alors qu’il était un
nommé La Rocca.
Oui, l’as des as du grand banditisme mondial !
Oui, il avait été subjugué par cet homme, en échappement
libre, et qui l’avait mis sur le coup : cent mille dollars au
soleil les attendaient, dans une banque de Nice, mal gardée.
- Ce ne sera pas la mer à boire, avait dit Stavisky
(alias La Rocca), le hold-up s’avère facile, car j’ai des contacts sur
place, dont docteur Popaul, un spécialiste des chirurgies
faciales ! Oh, on peut dire « le marginal », très
loin de l’éthique de son Ordre ! Grâce à lui on ne devrait pas être
reconnus !
Confiant dans ces dires, il avait tenté, par un beau matin
d’été, ce coup fumant, le casse qu’il croyait du siècle ! Mais
il tomba sur une peau de banane, et ce qui promettait être un bonbon
doucereux, était devenu un lot de dragées au poivre !
Il y avait eu une fuite ! Deux compères avaient cru bon
de jouer les Don juan de la côte d’Azur, auprès d’une jeune femme, Mademoiselle
Ange, qui sous ses airs improvisant la novice, ne cachait pas moins
une âme de flic ! Amazone de la brigade criminelle, elle savait
très bien qu’en couchant avec un des deux malfrats elle ne se disait
pas « un homme qui me plaît » mais plutôt « voilà
le corps de mon ennemi ».
Les deux malfaiteurs, plongés dans les distractions
lubriques, s’étaient laissés aller à des confidences sur oreiller, complètement
charmés par la Française et l’amour. Elle, avait ri intérieurement, en
se disant que cette aventure ne s’inscrirait pas dans les amours célèbres !
L’un lui avait parlé d’un ami pékinois qui avait braqué pas
mal de banques à Shangaï. Il avait vanté les tribulations d’un Chinois en
Chine, en disant de cet ami qu’il était « le magnifique » et
que lui, il était l’héritier de cet homme, il en avait acquis tous les
vices !
L’autre s’était épanché sur faux passé américain. Pour séduire
la fille, il avait prétendu être le dernier capitaine d’un bateau à aube au
joli nom de « les mariés de l’an II », qui faisait résonner la
sirène du Mississipi. Ce mythomane rajoutait que les cent et une nuit
que durait la remontée du grand fleuve, il devait parfois faire du ménage chez les
acteurs de la 3° classe, les misérables composant une classe tous
risques ! Mais il agissait avec diplomatie, moderato
cantabile !
Et blablabla, dans la foulée, il glissait qu’il préparait
« quelque chose » qui ferait scandale sur la Riviera !
Qu’on en parlerait dans le Casino Royale et, peut-être même, jusqu’à la Ciociara
de Rome ! Le tout imbibé d’alcool qu’elle lui resservait pour en savoir
plus, car une femme est une femme ! Et comme de surcroît elle était
flic pas question d’entendre « sois belle et tais-toi ! ».
Elle avait même plutôt du talent pour faire délier la langue de ce qu’elle
nommait « le guignolo » et qui, à son insu, jouait le
doulos !
Elle avait glané
suffisamment de renseignements pour faire capoter le « coup du
siècle » et lancer la chasse à l’homme. Stavisky s’était fait
coincer et enfermer à double tour après avoir gâché sa dernière cartouche !
Lui a échappé à la traque ! Il se retrouve sur Paris et
cherche son salut ! La neige tombe. Il est comme un singe en hiver,
grelottant sous son imper pour affronter le jour le plus court de
l’année. Le froid le dévore. Paris brûle-t-il de ces gelées
insupportables ? Les rafales glacées créent comme une peur sur
la ville.
Il croise un homme et son chien. Ils font semblant
d’être heureux ! Les tricheurs, pense-t-il, comme s’il était
impossible de ressentir de la félicité par un froid glacial.
Enfin, le presbytère ! Il sonne. Léon lui ouvre et voit
en lui le solitaire, le raté du banditisme, l’alpagueur déchu !
Il donne l’hospitalité !
- Je fais cela pour toi, dit Léon, en respect pour notre
vieille amitié. Mais fais profil bas ! N’ouvre à personne ! Nul
ne doit savoir que je te cache ! Tu dois rester l’inconnu dans la
maison !
vendredi 25 septembre 2020
ET PLEURE ST GERMAIN-DES-PRES
Juliette Greco est née le 7 février 1927 à
Montpellier, d’une mère bordelaise et d’un père d’origine corse, Gérard Greco,
dit GG pour les intimes mais qui ne fut guère héros dans l’Hérault car il
abandonna sa famille. Aussi, la petite Juliette est-elle élevée avec sa sœur
Charlotte à Bordeaux par ses grands-parents maternels avant que leur mère ne
les rejoigne en 1933 pour les emmener dans la capitale. Tu la rappelles Hérault
mais haut est Juliette, haut, dans ses rêves parisiens…
Là, attirée par la danse, elle devient petit rat à l’Opéra Garnier, petit rat se faufilant entre chats. Mais la guerre éclate et comme la mère fait de la résistance, les deux sœurs sont vite impliquées ! Aussi, Juliette aura-t-elle le malheur de connaître la gestapo et la prison de Fresnes. Sa mère et sa sœur ainée seront, elles, déportées à Ravensbrück d’où elles reviendront, miraculeusement.
Dans ces années 50, de reconstruction, Juliette se retrouve à St Germain-des-Prés, lieu foisonnant d’artistes d’âme rive-gauche, mais loin d’être maladroite. C’est dans ce bouillon de culture qu’elle tisse des liens : Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Camus…
En 1949, alors que les trente glorieuses fait la part belle aux banquiers et que s'ingèrent mains des prêts, elle joue dans Orphée de Jean Cocteau, lequel (ironie du sort) écrivit « le mythe du Greco » en 1943, en hommage au grand peintre !
En 1951, elle enregistre son premier album, Je suis comme je suis, de Prévert et Kosma. L'auditeur, lui, dira : Je la suis, comme je la suis, depuis le début, avec avidité !
Au milieu des années cinquante, elle chante Aznavour, Trenet et Brel dont le pianiste, un certain Gérard Jouannest, sera son compagnon de la dernière route.
Auparavant, la dame brune, jolie môme, aura connu un impossible amour avec Michel Piccoli, et la maternité avec Philippe Lemaire, une figure du cinéma de cape et d’épée (2kpdp). En 1957, elle se rend à Hollywood pour y interpréter quelques rôles pour des réalisateurs prestigieux tels que John Huston « les racines du Ciel » avec Errol Flynn, ou Richard Fleischer « Drame dans un miroir », film de 1960 où elle rencontre, ni plus ni moins, Orson Welles !
Puis, de retour à Paris, elle enregistre « jolie môme » une chanson de Léo Ferré. Mais, surtout, elle interprète une dizaine de chansons de Serge Gainsbourg, dont la Javanaise en 1963. Gainsbourg dira :
Cette Javanaise, qui fut si incomprise parce que j'y parle javanais, je l'ai écrite pour Juliette Gréco et je lui ai donnée aussitôt son retour des Amériques (sic). Je pense être un auteur privilégié puisqu'elle m'a chanté et je pense qu'il n'y a pas un auteur digne de ce nom ou au moins ayant un tant soit peu de tenue littéraire qui n'ait souhaité écrire pour elle.
En 1965, son rôle dans la série Belphégor fait grimper sa popularité. La France de l’ORTF découvre la chanteuse en fantôme masqué et hantant les couloirs du Musée du Louvres, d’avant la pyramide ! Ca fait faire peur mais sans jamais donné dans le sanguinolent (d'ailleurs, en noir et blanc, le sanguinolent, hein ?). En aucun cas la belle fait gore !
En 1968, elle inaugure la formule des concerts de 18 h 30 au théâtre de la Ville à Paris. Elle y interprète l'une de ses plus célèbres chansons que n’aurait pu imaginer Charlélie Couture «Déshabillez-moi », tube, qui depuis, n’a jamais pris une veste.
En 1982 sort Jujube, son autobiographie, ainsi qu'un nouvel album. Elle s'éclipse ensuite pendant quelques années et revient au début des années 90 avec deux albums. En retrouve son public de l’Olympia en 1991 !
En 2004 sort « Aimez-vous les uns les autres ou bien 10 x éc..heu, disparaissez ! », album sur lequel travaillent notamment Benjamin Biolay, Art Mengo, Bernard Lavilliers et Christophe Miossec. L’accueil de ce dernier album lui confirme l’indécrottable fidélité de son public et cette faculté de se fondre dans toutes les générations !
Elle sort « Le Temps d’une chanson en 2006 », album réalisé à New-York avec de vrais jazzmen.
Début 2015, elle annonce une ultime tournée qui débutera fin avril 2015 :
- J'ai 88 ans, et je n'ai pas envie de monter sur scène en boîtant. C'est une question de courtoisie, de dignité. [...] Je veux partir debout. Je ne voudrais pas faire pitié. J'ai horreur de ça !
Ce 23 septembre 2020 s’en est allée la muse de St Germain des Prés. Il n’y a, désormais, plus d’après à la silhouette de la belle dame en noir et blanc, à la voix mystérieuse, aux cristallines aspérités masculines, aux mains frétillant de volubilité, au regard noyé de malices et d’étrangeté !
Il n’y a plus d’après à la jolie môme !
Une page s’est fermée ; notre vie sous masque a l’rimmel qui fout l’camp, et l’âme des amants est toute nue sous le pull de laine rêche dans l’automne abandonné..
mardi 22 septembre 2020
IL ETAIE UNE FOI, UN GRAND COMEDIEN...
Michael est né à Paris, en 1931, d’un père anglais, d’Edward Lonsdale-Crouch et d’une mère française, Simone Béraud. Il passe une partie de son enfance à Londres avant que sa famille ne s’installe au Maroc en 1939. Son père y est négociant en engrais ; l’anglais, en gros, file pour l’engrais anglophile. C’est dans ce beau pays du Maghreb que futur acteur anime, dès 1943, des émissions enfantines sur Radio-Maroc dont la plus connue « la case à Blanca » rabat les suffrages. Son tout premier rôle, radiophonique, est Atchoum, un des sept nains ; un avant-goût de sa recherche mystique : éther, nuées…
En 1947, après la guerre, il vit en France et rencontre Roger Blin, acteur mais aussi grand metteur en scène des pièces de Beckett. Roger lui fait découvrir le théâtre et les planches ne tarderont pas à vibrer sous la voix chaude et voluptueuse de ce néophyte qui picore ça et là des pousses d’alexandrins et becquette.
On le voit dans,
en 1955, dans « Pour le meilleur et
pour le pire » mis en scène par Raymond Roulleau, bien loin d’y être au
bout tant il est passionné. L’année suivante, Michel démarre sa carrière au
cinéma dans « C’est arrivé à Aden (1956) de Michel Boisrond, un meneur
d’homme assez carré.
L’acteur
s’illustre rapidement devant la caméra de cinéastes prometteurs comme Gérard
Oury (La Main chaude 1960, Le crime ne paie pas 1962 – un film à sketches ) ou Michel Deville (Adorable Menteuse -
1961). Mais c’est avec Jean-Pierre Mocky que la relation semble la plus forte.
Sous la direction de JPM, il jouera 8 films dont « Snobs » 1962, « la
grande lessive » 1968, avec Bourvil. C’est un film mené tambour battant
dans lequel son prénom rétrécit au lavage du générique : il y figure en
tant que Michel !
Le petit écran
ne l’oublie pas, qui lui fait tourner dans des courts métrages comme « Escale
Obligatoire » de Jean Prat, en 1962. De théâtres en écrans il
multiplie les projets et impose son aura charismatique dans des films d’auteurs
comme « La mariée était en noir (1967) et Baisers volés (1968) de François
Truffaut ou encore British Sounds (1969) de Jean-Luc Godard montrant ainsi son
intérêt pour la nouvelle vague où l’onde hale le navire de la modernité.
Mais, pour
montrer son éclectisme, le comédien s’investit avec le même bonheur dans des
œuvres populaires : « Hibernatus » (1969) de Molinaro où il
donne la réplique à De Funès, ou encore « Le bon roi Dagobert « (1984)
de Dino Risi où, en tant que St Eloi, il croise Coluche (le roi fainéant).
Il crée même la
surprise en jouant un rôle de méchant dans un James Bond de 1979 « Moonraker ».
Il incarne Sir Hugo Drax qui, sur fond de navette spatiale, donne du fil à
retordre à l’agent de sa gracieuse majesté (Roger Moore). Mais 007, une fois
encore, gagnera et fera mieux que Drax taire (si vous motorisez ce calembour) :
il l’enverra dans l’espace.
Le jeu de l’acteur se caractérise, à chaque fois, par une distanciation (bien avant la Covid) avec le personnage qu’il incarne. On y trouve toute une palette de couleurs : ironie, tendresse, réflexion, introspection… Selon ses humeurs ou les volontés du metteur en scène, l’homme est capable de passer d’une voix suave, voire sirupeuse à l’explosion volcanique mais jamais létale car jamais lave-haine tuera (oui, bon, si on ne peut plus placer un tube de Stone et Charden !)
Il passe
allégrement de l’ange au diable et cette dimension manichéenne touche au mystique.
L’acteur se sent de plus en plus à l’aise dans les rôles ecclésiastiques, tout
imprégné qu’il est d’une foi chrétienne. On le voit jouer un abbé bibliophile
dans « le nom de la rose », 1986, de Jean-Jacques Annaud (d’après l’œuvre
de Umberto Eco) et surtout il est consacré pour l’interprétation du frère Luc
Dochier dans « des hommes et des dieux » , 2010, de Xavier
Beauvois. Un film qui évoque l’assassinat des moines de Tibéhirine et qui lui
vaudra, enfin, un César, celui du meilleur acteur de second rôle.
Michael, vivra
de sa foi jusqu’à son dernier souffle. Il deviendra, ainsi, un acteur à part
dans le 7ème art. Jamais totalement avalé par le showbizz, il demeurera une
sorte de moine comédien, célibataire car la seule femme de sa vie, une certaine
Delphine Seyrig, avec qui il joua souvent (« Baisers volés »
-Truffaut, « Chacal » - Zimmerman, « son nom de Venise dans
Calculta Desert » – Marguerite Duras…) aura brisé son cœur !
Il dira d’ailleurs :
"J'ai vécu un grand
chagrin d'amour et ma vie s'en est trouvée très affectée. La personne que j'ai
aimée n'était pas libre... Je n'ai jamais pu aimer quelqu'un d'autre. C'était
elle ou rien et voilà pourquoi, à 85 ans, je suis toujours célibataire ! Elle
s'appelait Delphine Seyrig."
L’amour conjugal impossible mais amour de toute une vie pour l’humanité, derrière le visage d’un Christ ressuscité, qui, jusqu’à son dernier souffle aura habité l’âme de ce merveilleux comédien.
Il nous quitte, en ce 21 septembre 2020, dans son sommeil, en paix, dans la sérénité et le regard de Dieu en nous laissant le souvenir de sa voix mélodieuse et son regard interrogatif qu’il posait sur les êtres…
jeudi 21 mai 2020
MAX EST ALLÉ SE FAIRE AILLEURS...
Fils d’un violoniste, Michel Piccoli n’est donc pas attiré par le piccolo et déjà, se pique au lit, dès sa naissance, le 27 décembre 1925 à Paris, de l’idée d’être artiste mais pas forcément avec l’art chez Euterpe, car au niveau théâtre, la muse y cale !






