MEMOIRES D'UN BRISEUR DE SABRE
(Une des faces cachées du procès Dreyfus)Ça n'avait l'air de rien, un geste militaire
Pour dégrader Alfred, dit traitre à la Nation
Contre la juiverie, pour calmer l'opinion
Eteindre les courroux, enfin, classer l'affaire !
Ça n'avait l'air de rien, juste un sabre casser
J'eusse tant préféré lui ôter les insignes
Ça m'eût causé moins mal. Ce jour, j'écris ces lignes
En me remémorant la longue infirmité
Le sabre était censé avoir été scié
La veille pour m'aider et donner à la tâche
De l'aisance ! Oui, mais, une scie un peu lâche
Ou un exécutant trop mou m'auront leurré !
J'ai senti la douleur gagner tout le genou
Vraiment pas du fer blanc, une lame d'acier
J'ai conservé au mieux ma belle dignité
Stoïcisme vaillant, il faut rester debout !
Le soir, me dévêtant du pantalon martial
Je découvris le bleu, l’ecchymose parfaite
Tout cela confirmait ma journée de défaite
A boiter sous les yeux d’un railleur général
Le toubib assura que ça passerait vite
C’était vilain à voir, des débris de vaisseaux
Un peu d’hémorragie, sans dégâts sur les os
C’est mieux, m’assura-t-il, que vilaine phlébite !
Pour autant, je souffrais, claudiquais, grimaçant
J’en voulais à l’armée de m’avoir désigné
Pour cette opération aux préfaces bâclées
A tous ces tire-au-flanc au sein du régiment
L’hématome grandit touchant l’articulaire
Et plier le genou un supplice devint
Je dus garder le lit, me consola de vins
La cirrhose soudain menaça ma misère
Le toubib intervint, et me mit à la diète
Ce fut un grand désert mou de désœuvrement
J’ai failli tout lâcher, quitter les armements
Le drapeau, la Patrie dont j’avalais des miettes
Et puis vint ce moment où Alfred nous revint
De son île en Guyane ! Car c’est Esterhazy
L’auteur des trahisons qui était l’ennemi
De Mariane et dès lors la rancune survint !
Car ce vil Ferdinand, ce fourbe commandant
Reçut l’acquittement de ses pairs, au procès
S’il s’était, à l’époque, droit et franc, dénoncé
Je n’aurais pas subi les affres du souffrant
Car n’ayant pas de lien avec le judaïsme
Descendant de Hongrois, on l’aurait sûrement
Affecté loin d’ici, dans un casernement
Au sein d’un joli fruit du grand colonialisme
Et de dégradation il n’aurait pas subi
Point de sabre brisé, d’hématomes tragiques
En écrivant ces mots, je ressens, névralgique
L’idiopathique mal en mon hiver ranci.

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